« J’avais perdu mon emploi. Comme je n’en trouvais plus ; un jour, pendant que je marchais dans la rue, une dame m’a interpellé et m’a demandé si je pouvais vider sa poubelle au quotidien, parce qu’elle éprouvait des difficultés à pouvoir se débarrasser de ses ordures ménagères. Franchement, j’étais hésitant, car je me disais qu’avec mon diplôme de BTS ce serait une honte pour moi de me voir en train de ramasser des ordures. Je ne pouvais pas accepter cela. Mais elle a insisté et j’ai fini par adhérer à sa proposition. C’est ainsi que je me suis lancé dans cette activité en 2013 », raconte-t-il.
« Ma femme même est fière de moi »
En Côte d’Ivoire, certaines personnes considèrent le métier de pré-collecteur d’ordures comme dévalorisant et d’autres comme une activité nécessaire. Pour Boni Jonas, c’est une question d’ignorance. « De nombreuses personnes nous sollicitent et nous encouragent. Nous n’allons pas de maison en maison pour chercher des poubelles à vider. Ce sont les riverains eux-mêmes qui nous approchent pour demander nos services lorsqu’ils nous voient dans le quartier en train de travailler », explique -t-il. Malgré ses réticences au départ, Boni a fini par s’y faire. Il estime même que ceux qui le jugent ou le dénigrent à cause de son activité sont moins nombreux. « Je peux dire que c’est seulement 1% de personnes qui trouve que mon travail est dévalorisant.
Sinon de nombreuses personnes m’apprécient et m’encouragent chaque jour. Ma femme même est fière de moi », confie-t-il. Boni travaille 3 jours (lundi, mercredi et vendredi) dans la semaine et se repose 4 jours (samedis, dimanche, mardi et jeudi), soit 1 à 2 jours d’intervalle entre le premier jour et le second. « C’est un travail périlleux, il faut souvent laisser le corps se reposer. Donc, je saute un jour pour pouvoir récupérer. Je me repose les samedis, dimanche, mardi et jeudi », soutient-il.
« Ce n’est pas une activité qu’on peut exercer à vie »
Toutefois, il ne compte pas s’éterniser dans l’activité de ramassage d’ordures. « Je veux avoir des moyens financiers pour pouvoir réaliser mes projets. Ce n’est pas une activité qu’on peut exercer à vie. Pour le moment, je me contente de ce qui me permet de m’occuper de ma famille. Mon objectif final, c’est de pouvoir réaliser quelque chose et mieux vivre quand je n’aurai plus la force nécessaire de continuer ce travail », laisse entendre Boni.
Selon lui, des clients se montrent désagréables. « Souvent, des clients nous insultent quand nous n’avons pas pu vider leur poubelle à temps, même si nous leur avions informé au préalable de notre indisponibilité (cas de maladie, panne du tricycle de ramassage]). Ils ne cherchent pas à comprendre et c’est embarrassant », explique-t-il. En outre, les périodes de fortes pluies et de fortes chaleurs rendent encore plus fastidieux le métier d’éboueur informel. « Souvent, nous sommes obligés de travailler sous la pluie », fait-il savoir. Boni déplore également l’indiscipline de certains clients qui refusent de séparer les objets contondants des autres déchets ménagers. « Quand on leur dit de ne pas mélanger les bouteilles cassées ou les boîtes de conserve vides, ils nous rétorquent : poubelle, c’est poubelle. Et pourtant, lorsque le tricycle est chargé, nous utilisons nos mains pour essayer de mieux enfouir les ordures dans les sacs. En le faisant, ces objets nous blessent.», déplore-t-il.
Gants usés, assurance maladie etc
Sans véritable équipement de protection contre les risques sanitaires, Boni n’a que des gants usés, et un cache-nez pour se protéger contre les odeurs et la salissure. Quand il rentre à la maison après son activité, il nettoie son matériel, lave ses vêtements de service et prend une douche pour s’assurer une bonne hygiène corporelle. En matière d’assurance maladie, il dit disposer de sa carte de la couverture maladie universelle (CMU) dont il s’en sert peu.
« 300.000 FCFA par mois »
« Un jour, nous avons été interpellés par des agents de la police municipale qui voulaient nous imposer une taxe de 60.000 FCFA par mois. Nous leur avons expliqué qu’il nous fallait d’abord un encadrement (formation, outils, équipements de protection etc.) de la part des autorités municipales avant de nous imposer des taxes. Nous faisons du bénévolat pour maintenir nos quartiers propres », raconte-t-il, soulignant ne pas payer de taxes liées à son activité. Boni avoue avec fierté qu’il gagne bien sa vie dans le ramassage d’ordures. « Grâce à ce travail, j’ai pu toucher des grosses sommes que je n’avais jamais vues ni toucher ailleurs. Je peux estimer mon gain à 300.000 FCFA par mois dans la pré-collecte d’ordures », explique-t-il.
Pour lui, si de nombreux jeunes éprouvent des difficultés financières, c’est parce qu’ils refusent de travailler. C’est pourquoi, il les invite à s’intéresser à ce métier de collecteur d’ordures. « C’est l’ignorance, sinon il y a du travail en Côte d’Ivoire », clame-t-il. Et d’ajouter : « le ramassage d’ordures est un métier qui nourrit son homme. Ne regarder pas le côté salissure, mais venez travailler pour gagner votre pain. N’ayez pas peur de tomber malade, c’est Dieu qui protège. Ça fait plus de 10 ans que je fais ce travail et je tombe rarement malade ».
Boni Jonas exhorte les autorités municipales et le ministère chargé de l'Hydraulique, de l'Assainissement et de la Salubrité (MINHAS) à encadrer, soutenir et protéger tous les pré-collecteurs bénévoles afin de leur permettre d’exercer leur activité dans un cadre réglementé. « C’est grâce à nous que plusieurs quartiers sont un peu propres. Donc c’est un métier noble que nous exerçons, profitable à l’État », conclut-il.