Cette nouvelle infrastructure ambitionne de faciliter l’accès aux soins spécialisés, de développer la chirurgie à cœur ouvert et de limiter les évacuations sanitaires à l’étranger.
Pour les enfants nés avec une malformation cardiaque, l’accès à une intervention adaptée peut déterminer les chances de survie et la qualité de vie à long terme. C’est à ce défi que veut répondre le nouveau pôle de cardiologie pédiatrique de l’Hôpital Mère-Enfant de Bingerville, en renforçant les capacités nationales de diagnostic et de traitement des cardiopathies congénitales.
Lors de la cérémonie d’inauguration, en présence des Premières Dames de l’Angola, Ana Afonso Dias Lourenço, et du Bénin, Nathalie Villette-Wadagni, Dominique Ouattara a insisté sur l’importance d’améliorer l’accès des enfants aux soins cardiaques. Selon les chiffres qu’elle a présentés, une naissance sur cent en Côte d’Ivoire serait concernée par une cardiopathie congénitale, tandis que 50 à 60 % des enfants atteints auraient besoin d’une intervention chirurgicale.
« Une cardiopathie congénitale n’a rien d’une fatalité », a affirmé la présidente de Children of Africa, soulignant que 95 % des enfants opérés atteignent l’âge adulte. Un constat qui met en évidence l’importance du dépistage précoce et de la disponibilité de structures capables de prendre en charge ces pathologies.
Un plateau technique pour les interventions complexes
Le nouveau pôle vient étoffer les capacités de l’établissement grâce à des équipements destinés à la prise en charge des nouveau-nés et des enfants. Il comprend notamment des blocs opératoires adaptés à la chirurgie cardiaque pédiatrique, un plateau d’exploration cardiologique ainsi que des espaces d’hospitalisation et de soins intensifs.
L’infrastructure dispose de 20 lits de néonatalogie et de réanimation néonatale, ainsi que de 22 lits de chirurgie pédiatrique. Ces installations doivent permettre d’améliorer le parcours des jeunes patients, depuis le diagnostic jusqu’au traitement et au suivi post-opératoire.
Le développement de cette activité s’appuie aussi sur l’expertise médicale et la formation des professionnels ivoiriens. Le professeur Gérard Babatasi, ancien chef du service de chirurgie cardiaque du CHU de Caen, accompagne la mise en place et le fonctionnement de l’unité. Il a mis l’accent sur le dépistage précoce, qui permet d’intervenir avant l’apparition de complications graves.
Des professionnels ivoiriens ont bénéficié ou bénéficient de formations auprès d’équipes spécialisées à Caen, à Paris, à Dakar et à l’Institut de cardiologie d’Abidjan. La prise en charge mobilise plusieurs disciplines, dont la cardiologie pédiatrique, l’imagerie médicale, l’anesthésie-réanimation et la chirurgie cardiaque.
Selon le professeur Babatasi, les premières interventions de chirurgie cardiaque pédiatrique ont commencé chez des nourrissons et des enfants. La montée en puissance de la chirurgie à cœur ouvert devrait contribuer à réduire les délais d’attente pour les patients en Côte d’Ivoire et dans la sous-région.
Limiter les départs à l’étranger et les charges des familles
Au-delà du renforcement des capacités médicales, l’ouverture de ce pôle répond à un autre enjeu : réduire le recours aux évacuations sanitaires vers l’étranger. Pour les familles confrontées à une cardiopathie congénitale, les déplacements à l’extérieur du pays peuvent représenter une charge financière importante, en plus des difficultés liées à l’accès aux soins.
Le ministre de la Santé, de l’Hygiène publique et de la Couverture maladie universelle, Pierre N’Gou Dimba, a salué une avancée majeure pour le système sanitaire ivoirien. Il a souligné que la réalisation d’interventions complexes sur place devrait permettre de rapprocher les soins spécialisés des populations et d’alléger les dépenses supportées par les familles.
Pour Hachim Diop, directeur général de l’Hôpital Mère-Enfant de Bingerville, cette inauguration s’inscrit dans la progression des activités de l’établissement, ouvert en mars 2018. Il a indiqué que le nombre d’actes médicaux mensuels est passé de moins de 2 000 à plus de 15 000. En huit ans, l’hôpital aurait réalisé plus de 900 000 actes, dont 200 000 au profit des personnes les plus démunies.
La Maison de Vie, mise en place en 2024 pour accompagner les familles, a par ailleurs accueilli près de 500 familles, selon le directeur général.
Hachim Diop a plaidé pour une meilleure complémentarité entre l’Hôpital Mère-Enfant, l’Institut de cardiologie d’Abidjan, le CHU de Bouaké et les autres structures sanitaires du pays. Une coopération qui doit favoriser une meilleure orientation des patients et une prise en charge plus cohérente sur l’ensemble du territoire.
Le projet bénéficie de l’appui de l’organisation La Chaîne de l’Espoir, représentée lors de la cérémonie par son président, le professeur Éric Cheysson.