Invité de la deuxième édition de Private Talk, organisée le 16 octobre au Private Circle de l’Ivoire Golf Club, le dirigeant a insisté sur les difficultés que traverse actuellement le marché de la télévision, confronté à l’évolution rapide des usages et à la montée en puissance des plateformes numériques.
Selon lui, le digital n’est plus un simple prolongement de l’antenne. Il doit être intégré au modèle économique dès la conception des programmes.
« Une chaîne qui se contente de poster des extraits sur les réseaux travaille gratuitement pour les plateformes. Le digital doit être pensé dès l’écriture d’un programme, comme une recette à part entière », a-t-il expliqué.
L’enjeu est important pour les médias africains. Pendant longtemps, les réseaux sociaux ont surtout été utilisés comme outils de visibilité et de promotion. Or, avec la fragmentation des audiences et la progression de la consommation de contenus sur mobile, la question devient désormais celle de la monétisation.
Autrement dit, la transformation numérique des médias ne peut plus se limiter à publier davantage de contenus en ligne. Elle suppose de penser en amont les formats, les usages et les revenus potentiels générés sur les différentes plateformes.
Michel Mutombo-Cartier a également évoqué les mutations en cours dans la production audiovisuelle. Il a annoncé que les studios MANCALA du groupe Canal+ à Abidjan seront ouverts à l’ensemble des producteurs, y compris indépendants, et pas seulement aux productions développées par le groupe.
Cette ouverture pourrait donner davantage de possibilités aux producteurs locaux, notamment ceux qui disposent de projets mais pas toujours des infrastructures nécessaires pour les réaliser dans de bonnes conditions.
Le dirigeant s’est par ailleurs montré ouvert à l’usage de l’intelligence artificielle dans la création de contenus, tout en mettant en garde contre une dépendance excessive à l’outil. Il a notamment relevé que certains porteurs de projets largement assistés par l’IA éprouvent ensuite des difficultés à défendre leurs propositions, faute d’en maîtriser réellement le contenu.
Pour les médias africains, les différents points soulevés lors de cette rencontre convergent vers une même question : comment adapter les modèles éditoriaux et économiques à des audiences de plus en plus numériques, sans perdre la maîtrise des contenus ni leur capacité à générer de la valeur ?
C’est cette équation que les chaînes de télévision, mais aussi plus largement les médias traditionnels, devront désormais résoudre.