Dimanche 20 septembre 2026, il est environ 10 heures. Le soleil brille ardemment dans le ciel de Beijing. Sur les hauteurs de Ju Yong Guan, 25 journalistes ivoiriens s’apprêtent à relever un défi : celui de gravir la Grande Muraille de Chine. Le groupe est en Chine dans le cadre d’un séminaire de formation consacré à la communication omni média et de découverte de la culture chinoise. Mais pour cette journée, les stylos, les ordinateurs, carnets et appareils photos vont laisser place aux chaussures de marche et à une bonne dose de courage.
À l’entrée du site, une stèle rappelle la célèbre maxime. Notre guide, Zhu Chenhui, 55 ans, fort de 25 années d’expérience dans l’accompagnement des visiteurs, nous en explique le sens. « Celui qui arrive au sommet de la Grande Muraille est considéré comme un héros », traduit-il.
La phrase fait sourire. Mais quelques minutes plus tard, elle prend tout son sens. Pour beaucoup, la Grande Muraille est d’abord une image : celle d’un interminable serpent de pierre courant sur les montagnes chinoises. Sur place, cette représentation prend une tout autre dimension.
Le tronçon de Ju Yong Guan figure parmi les passages historiques les plus stratégiques de la Grande Muraille. Cet ancien passage militaire faisait partie des principales voies de protection de Beijing contre les incursions venues du nord. L’ouvrage n’est d’ailleurs pas une construction unique réalisée à une seule époque. Il s’agit d’un vaste ensemble de murs, de fortifications, de portes et de tours construits et renforcés au fil de plusieurs dynasties chinoises. L’ensemble du système de la Grande Muraille s’étend sur plus de 21 000 kilomètres avec cinq sites ouverts aux publics. « Ce qui impressionne le plus, c’est de voir comment ces hommes ont réussi à construire tout cela sur des montagnes aussi difficiles d’accès », observe un journaliste de la délégation, en levant les yeux vers les remparts.
Le guide apporte également une précision qui déconstruit certaines idées reçues. « La Grande Muraille n’a pas simplement été construite par des esclaves. Des soldats ont participé à sa construction et à sa défense, aux côtés d’autres travailleurs mobilisés par les différentes dynasties », explique Zhu Chenhui.
Des marches qui mettent les journalistes à l’épreuve
À Ju Yong Guan, l’histoire se découvre surtout à la force des jambes. Le parcours comporte 12 niveaux correspondant notamment à d’anciennes tours de garde et positions militaires. Les marches sont parfois tellement abruptes qu’il faut presque s’aider des mains pour avancer. Au début, les conversations fusent. Les téléphones sortent pour immortaliser les premières étapes. Les selfies se multiplient. Les sourires aussi. Puis, progressivement, le silence s’installe.
Les souffles deviennent plus courts. Les pauses plus fréquentes. Certains cherchent un point d’appui sur les rambardes avant de repartir. « Au début, je pensais que ce serait une promenade. Après quelques centaines de marches, j’ai compris que la Grande Muraille allait vraiment nous demander des efforts », lance, essoufflé, une journaliste. Une remarque qui déclenche quelques éclats de rire dans le groupe. Mais personne ne veut abandonner.
« Il faut continuer, même quand c’est difficile », lance Aylin, touriste, qui reprenait son souffle le temps d’une pause à la forteresse 7, l’expérience est bien plus qu’un simple défi physique. Elle y voit également une véritable leçon de vie. « Je retiens surtout une leçon de résilience. Les épreuves se présentent souvent à nous, mais il ne faut jamais baisser les bras. Le meilleur reste à venir. Et lorsqu’on arrive au sommet, on découvre cette magnifique vue que la nature nous offre. Cela force l’admiration pour ces soldats qui ont construit et défendu ce lieu », poursuit-elle. Une réflexion qui rejoint celle de notre guide. « Ce parcours n’est pas seulement destiné à faire joli. Monter la Grande Muraille permet aussi de comprendre l’importance de la persévérance et de la fermeté dans la culture chinoise », explique Zhu Chenhui.
Après plusieurs efforts, le 12e niveau apparaît enfin. La fatigue est toujours présente, mais elle est désormais accompagnée d’un sentiment de satisfaction. Les derniers mètres sont franchis dans une ambiance de soulagement et de fierté. Au sommet, le spectacle récompense les efforts. Les montagnes du nord de Beijing s’étendent à perte de vue. Le vent frais contraste avec la chaleur ressentie durant l’ascension. Les appareils photos et téléphones reprennent du service. Derrière les sourires et les photos souvenirs, chacun semble avoir retenu quelque chose de cette ascension.
À Ju Yong Guan, la Grande Muraille aura ainsi servi de salle de classe à ciel ouvert. Une classe où les leçons ne sont pas écrites sur un tableau, mais gravées dans la pierre : persévérer, avancer et aller jusqu’au bout. Pour les 25 journalistes ivoiriens, cette journée restera sans doute comme l’un des moments forts de leur séjour en Chine. Et peut-être qu’au sommet de la Grande Muraille, chacun aura, à sa manière, compris le sens de cette phrase devenue légendaire.
Ouattara Mariam, envoyée spéciale à Beijing