Dans sa communication intitulée « Paix et vérité à l’ère algorithmique : reconstruire la confiance dans les médias », Latifa Akharbach a présenté un tableau préoccupant des risques informationnels qui pèsent aujourd’hui sur la cohésion des sociétés et sur la paix.
Elle a indiqué que le modèle économique des plateformes globales, fondé sur l’attention, l’émotion et la viralité, a fait émerger de nouvelles formes de conflictualité. Toute chose qui contribue à transformer l’espace public en un terrain où, désormais, « la guerre se mène aussi — et parfois d’abord — sur le terrain de l’information ».
Pour illustrer la gravité de ces dérives, Mme Akharbach a évoqué la guerre informationnelle dont le Maroc a fait les frais lors de la dernière Coupe d’Afrique des Nations de football. Elle a rappelé comment, en marge d’un événement sportif organisé selon les standards, une machinerie de désinformation — nourrie par des théories du complot, des discours de haine-a été amplifiée par les logiques virales des réseaux sociaux, jusqu’à installer un climat d’animosité et de défiance entre le Maroc et le Sénégal, deux nations pourtant liées par des siècles d’amitié et de fraternité.
Face à ce désordre informationnel, la présidente de la HACA Maroc a plaidé pour une responsabilité effective et une redevabilité continue de l’ensemble des acteurs de l’espace informationnel. Sans manquer de préciser que la responsabilisation des médias passe par le renforcement de l’autorégulation professionnelle et doit désormais intégrer l’usage maîtrisé et éthique de l’intelligence artificielle dans les rédactions.
Mme Akharbach a également souligné que la responsabilisation des publics constitue le corollaire indispensable de la généralisation de l’éducation à l’information, au numérique et à l’intelligence artificielle, qui devrait être pleinement reconnue comme un droit du citoyen. Elle a, par ailleurs, insisté sur l’exigence de redevabilité démocratique des plateformes numériques globales, qui doivent être tenues comptables des contenus haineux et polarisants…
Pour terminer, Mme Akharbach a appelé la communauté internationale à un engagement résolu afin que chaque pays puisse, avec son histoire, sa culture et ses institutions propres, construire un écosystème médiatique capable de contribuer à la consolidation de la paix et à la promotion du vivre-ensemble.
Rappelant que « l’espace public apaisé ne se décrète pas, il se cultive », elle a soutenu que la réhabilitation du journalisme professionnel constitue aujourd’hui un véritable investissement dans la cohésion sociale et la paix civile.
Les travaux de la 4éme édition du Forum International de Shusha organisé annuellement, depuis 2023, par l’Agence de Développement des Médias d’Azerbaijan, ont été marqués par une réunion de Haut Niveau avec des responsables gouvernementaux, d’experts et de professionnels des médias issus de 54 pays. Elle a été présidée par Ilham Aliev président de la République d’Azerbaïdjan.
Mohamed COMPAORE, envoyé spécial à Susha, Azerbaïdjan