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Côte d’Ivoire : des commerçants déguerpis du marché gouro et du trottoir de Yopougon Siporex racontent leur calvaire
Nation

Côte d’Ivoire : des commerçants déguerpis du marché gouro et du trottoir de Yopougon Siporex racontent leur calvaire

Abidjan, le jeudi 25 juin 2026(ivoire.ci)-Le quartier Siporex, l’un des carrefours commercial et stratégique de la commune de Yopougon, s’est réveillé sous le bruit des bulldozers et des Caterpillars, le vendredi 29 mai 2026. Escortés par des forces de l’ordre, ces engins ont détruit tout sur leur passage : marchandises, magasins de stockage de produits vivriers, étales de nombreux vendeurs dans le marché gouro et des commerces installés sur le trottoir.
« La nature a horreur du vide » 
A Yopougon Siporex, au marché du vivrier comme sur le trottoir, les différents espaces déguerpis restent toujours sujets à recolonisation des occupants qui y étaient. Le jour de l’opération, la majorité des commerçants a été surprise par l’arrivée des engins. Comme le dit l’adage : « La nature a horreur du vide ». En effet, des commerçants tentent de se réinstaller sur les décombres, surtout sur le trottoir. Malheureusement, ceux-ci se heurtent à la police municipale qui veille à empêcher toute recolonisation des sites libérés.

Le Lundi 22 juin 2026, il est 12 heures 25 mn, lorsque nous arrivons sur les lieux. Une foule attire immédiatement notre attention. Cet attroupement de personnes est dû à une dispute entre commerçants et agents de la police municipale, détachés à surveiller les sites. La tension monte d’un cran. Les échanges sont houleux. A quelques mètres de là, un tas de bois enflammé et deux cargos de la police municipale. Ces agents de forces de l’ordre sont présents pour déloger des commerçants qui essaient de réoccuper le trottoir et les espaces publics. 
Sur le site de l’ancien marché gouro, la visibilité est dégagée du Rond-point Siporex, tout le long de la clôture du Lycée professionnel commercial, jusqu’au carrefour communément appelé « carrefour zone », où est située l’Agora de la commune. 
« Nous n’avons plus rien »
Koné Lassiné, ancien vendeur d’oignons dont le magasin a été détruit garde encore son amertume et surtout son indignation.  Selon lui, il a abandonné la vente des oignons pour se reconvertir en vendeur d’arachides. 

« Je n’ai plus assez d’argent pour commander les sacs d’oignon, en plus je n’ai plus de magasin et je ne saurai pas où les stocker. Je me débrouille un peu avec la vente d’arachides pour subvenir aux besoins de la famille », confie-t-il.
Koné Lassiné dit être revenu sur les lieux, parce qu’il n’y a aucun espace aménagé devant accueillir les déguerpis. C’est pourquoi, a-t-il insisté, il est revenu sur les lieux pour vendre ses arachides.
« Quand ils nous ont chassé d’ici, aucun autre endroit nous a été indiqué pour qu’on s’y installe et vendre. Donc, on se promène pour vendre. Si la police municipale arrive on prend nos affaires et on fuit », ajoute-t-il, tout en souhaitant vivement une relocalisation des commerçants par les autorités municipales.
Honorine Kouamé  et Thérèse Touré, toutes deux vendeuses d’ignames, racontent avoir subi d’importants préjudices lors de l'opération de déguerpissement.

« Les machines sont arrivées et ont tout cassé. Nos ignames, près d’une tonne, ont été broyées, des oranges ainsi que nos sacs de semoule de manioc (placali) ont également été détruits. Actuellement, nous n’avons plus rien », raconte Kouamé Honorine, appelant la mairie à trouver une solution à leur situation. 
Kobenan Akoua, commerçante, a aussi perdu son conteneur qui lui servait de point de vente de mobile Money.
« J’ai beaucoup pleuré ce jour -là- en voyant mon conteneur être détruit », témoigne-t-elle. Et de plaider : « C’est très difficile pour moi, je n’ai aucune activité actuellement. Je souhaite me lancer dans la vente de vêtements, mais je n’ai pas d’argent, J’ai besoin d’une aide financière ».
Sur place, la police municipale a saisi des marchandises, puis dispersé les commerçants ambulants se trouvant sur les lieux, les interdisant d’occuper les sites.
Il convient de souligner que les commerçants et vendeurs ambulants à Siporex reviennent progressivement pour tenter de reprendre leurs activités après le déguerpissement. Cependant, ils se heurtent à la vigilance constante de la police municipale, chargée de maintenir les sites libérés de toute occupation.

Il faut rappeler que dans le cadre de sa politique d’assainissement de la ville d’Abidjan, l’État ivoirien a initié depuis le 28 février 2024 un vaste programme de démolition et de déguerpissement des zones jugées à risques en saison de pluie.
 
 

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