Carolin Beck, analyste politique et représentante de l’unité Genre et développement du Centre de développement de l’OCDE, a souligné que la Côte d’Ivoire obtient un score de 57/100 sur l’Indice des normes de masculinité. Selon les calculs de l’OCDE, l’Indice des normes de masculinité pour le pays est de 57/100, traduisant une forte adhésion aux schémas traditionnels rigides.
L’analyste politique a expliqué que plus le score est élevé sur l’échelle de 0 à 100, plus l’adhésion à la masculinité restrictive est forte.
Les données mettent en lumière des disparités notables, relevant une adhésion plus forte aux normes restrictives chez les hommes (59/100) que chez les femmes (54/100) et en milieu rural (59/100) contre 55/100 en zone urbaine.
« 96% des gens dans la société considèrent que le rôle principal d’un homme est de subvenir aux besoins financiers du foyer. Ce qui oblige les hommes à le faire », a-t-elle confié, ajoutant qu’il y a 84% qui estiment que l’homme doit être le décideur final au sein du ménage.
L’étude pointe également une fracture générationnelle chez les 15-24 ans. Les jeunes hommes se replient sur des positions conservatrices tandis que les jeunes femmes aspirent à l’égalitarisme, a relevé Carolin Beck, évoqué l’éducation comme levier de transformation sociale.
Sur les hommes interrogés par les enquêteurs, plus de 90% déclarent ressentir un stress aigu à l’idée de ne pas subvenir aux besoins du foyer. Cette pression impacte les indicateurs de santé publique, réduisant l’espérance de vie des hommes à 61,4 ans contre 66 ans pour les femmes, et multipliant par 4,6 leur taux de suicide.
Le rapport soutient que ces normes étouffent l’émancipation économique des femmes. « Dans les zones où la masculinité restrictive prédomine, les femmes ont un accès limité à l’emploi et aux décisions financières. Elles consacrent en moyenne 5 heures par jour aux tâches domestiques et de soins non rémunérés », explique le document.
Pour Euphrasie Kouassi Yao, conseillère spéciale du Premier ministre chargée du Genre et titulaire de la Chaire Unesco (CUEFPOD), a indiqué que cette étude marque un tournant décisif, permettant de mieux ancrer dans la conscience collective ivoirienne et internationale la nouvelle approche du genre défendue depuis plusieurs décennies.
« Nous reconnaissons que les hommes ne constituent pas un problème en eux-mêmes. Ce sont les systèmes de croyance, les normes sociales restrictives et les modèles de performance sociale qui influencent les individus et organisent les rapports sociaux », a-t-elle déclaré.
Avant d’ajouter : « Cette étude est donc une contribution majeure qui montre que les normes qui limitent les opportunités des femmes peuvent également enfermer les hommes dans des rôles sociaux rigides ».
Moussa Diarrassouba, directeur de cabinet, représentant la ministre de la Femme, de la Famille et de l’Enfant, a salué cette enquête. Pour lui, ce nouvel outil scientifique s’avère indispensable pour faire progresser l’égalité des chances entre les sexes.
Cette étude réalisée par le Centre de développement de l’Organisation de coopération et de développement économiques-OCDE et coordonnée par la Chaire Unesco « Eau, Femmes et pouvoir de décisions » (CUEFPOD) a bénéficié du soutien de l’Agence nationale de la statistique (ANStat), avec l’appui institutionnel du ministère de la Femme, de la famille et de l’enfant (MFFE) et le soutien financier de l’Agence autrichienne de développement (ADA).