Pilules, sirops, huiles, crèmes et suppositoires envahissent les écrans des téléphones portables. Sur TikTok, des vidéos courtes et attrayantes promettent des transformations corporelles rapides, sans effort et à moindre coût. Derrière ces messages séduisants se cache une réalité bien plus sombre : celle de produits majoritairement non régulés, consommés sans avis médical et susceptibles d’entraîner de graves risques sanitaires.
À travers l’analyse de contenus publicitaires diffusés sur la plateforme et des entretiens semi-directifs menés auprès de consommatrices, l’étude révèle les stratégies de persuasion utilisées par les marques. Témoignages avant/après, discours valorisant la réussite sociale, promesses de résultats immédiats : tout est mis en œuvre pour capter l’attention et susciter l’adhésion d’un public en quête de conformité aux normes esthétiques dominantes.
Les résultats sont alarmants. L’utilisation prolongée de ces produits expose les consommatrices à des effets secondaires parfois sévères, liés notamment à l’automédication et à l’absence de contrôle sanitaire. Pourtant, la pression sociale et l’influence des réseaux sociaux poussent de nombreuses femmes à minimiser ces dangers au profit d’un idéal corporel largement diffusé en ligne.
Au-delà des pratiques individuelles, l’article interroge la responsabilité des acteurs du numérique, de la beauté et de la santé. Il souligne l’urgence d’une régulation plus stricte des produits de prise de poids et des contenus publicitaires diffusés sur les plateformes sociales. Dans un contexte de forte influence numérique, l’éducation sanitaire apparaît également comme un levier essentiel pour protéger les consommateurs en particulier les jeunes femmes, contre les dérives de la consommation de produits non vérifiés.
Cette recherche apporte ainsi un éclairage essentiel sur les interactions entre normes sociales, publicité numérique et risques sanitaires au Sénégal. Elle appelle à une vigilance accrue des autorités, à une responsabilisation des marques et à un encadrement rigoureux des publicités en ligne, afin que la quête de beauté ne se transforme pas en menace pour la santé publique.
Fabrice Nouzianyovo