Dans les heures qui ont suivi la présidentielle du 25 octobre 2025, un récit de « hold-up électoral » s’est imposé sur les réseaux sociaux, reléguant au second plan les résultats provisoires publiés par la Commission électorale indépendante (CEI), explique le Bulletin FIMI #6 du projet Election Integrity Task Force (EITF). Sur Facebook, TikTok, X ou YouTube, des vidéos, montages et messages accusant le président sortant Alassane Ouattara d’un “braquage électoral” ont inondé la toile, amplifiés par des comptes influents et des acteurs politiques.
Selon EITF, cette vague de désinformation a pris racine dans des erreurs de communication commises par la CEI. Des chiffres mal relayés, des graphiques incohérents et des données sorties de leur contexte ont suffi à alimenter la suspicion. Certaines publications ont ainsi affirmé que des localités avaient enregistré plus de votants que d’électeurs, alors qu’il s’agissait d’erreurs corrigées quelques heures plus tard. Mais le mal était fait. Sous des hashtags viraux comme #HoldUpElectoral ou #ADO16milleVoix, plus de 16 000 publications ont été partagées en quelques jours, atteignant près de sept millions de personnes.
Le rapport évoque aussi une implication de cyberactivistes opérant depuis des pays du Sahel, parfois liés à des régimes militaires, qui auraient coordonné la diffusion de ces contenus en s’appuyant sur des membres de la diaspora ivoirienne.
Autre facteur aggravant : la récupération d’extraits de médias français. Des commentaires sur le “faible taux de participation” ou la “victoire attendue du président sortant”, sortis de leur contexte, ont été diffusés massivement pour accréditer l’idée d’un scrutin truqué. Une stratégie classique de “cooptation d’autorité” qui consiste à détourner la crédibilité des médias pour renforcer une narration manipulée.
Pour les experts de l’EITF, la désinformation électorale n’est plus un simple phénomène annexe, mais une arme politique. Elle s’appuie sur les émotions, exploite les failles institutionnelles et redessine les rapports de force, bien au-delà du jour du vote.
« Les manipulations d’information ne s’arrêtent pas avec le scrutin. Elles prolongent la bataille politique sur le terrain numérique », note un expert cité dans le rapport.
Face à ce constat, l’EITF appelle à un renforcement de la communication de la CEI, une meilleure collaboration avec les médias de vérification des faits, et une vigilance accrue face aux campagnes d’influence venues de l’étranger.
La présidentielle de 2025 aura donc laissé deux leçons : l’une dans les urnes, l’autre sur les écrans. En Côte d’Ivoire, comme ailleurs en Afrique, la démocratie ne se joue plus seulement dans les bureaux de vote, mais aussi dans l’arène volatile et sans frontières des réseaux sociaux.