Ivoire.ci : Pouvez-vous présenter le concept du concours Small Boost ?
Paule-Marie Konan : Small Boost est né d’une expérience personnelle. J’ai fait un Master en Commerce international en Malaisie (en Asie), où j’ai eu la chance d’avoir un stage dans une entreprise locale qui formait les jeunes en entrepreneuriat et en leadership. À mon retour en Côte d’Ivoire, j’ai fait deux constats : premièrement, de nombreux jeunes veulent entreprendre, mais ne savent pas par où commencer et n’ont pas les compétences nécessaires, deuxièmement beaucoup de leurs projets ne nécessitent pas de gros moyens financiers, mais manquent d’encadrement et de structuration. En observant l’écosystème, j’ai aussi remarqué qu’il n’existait aucun concours de pitch dédié aux adolescents. Les compétitions existantes s’adressent surtout à des entrepreneurs aguerris, qui ont une certaine expérience et sont à la recherche de financements pour leur croissance. C’est ainsi qu’est né Small Boost. Il se positionne comme le premier concours de détection de jeunes entrepreneurs âgés de 12 à 21 ans en Côte d’Ivoire.
Ivoire.ci : Quel sentiment vous anime après cette deuxième édition de ce concours?
P-MK : C’est avant tout un sentiment de joie et de fierté. Voir l’engouement grandissant autour de Small Boost est très encourageant. Cela prouve que les jeunes ont soif d’apprendre, de se lancer et qu’ils croient en leur potentiel.
Ivoire.ci : Quels retours avez-vous reçus après la première édition ?
P-MK : Les retours sont très positifs. Nous sommes passés de 16 à 45 candidatures, avec des candidats venus de l’intérieur du pays : Bouaké, Ferkessédougou, etc. Cela prouve qu’il y a un engouement national croissant pour le concours et que notre message trouve un écho auprès de la jeunesse ivoirienne.
Ivoire.ci : Qu’est-ce qui fonde votre satisfaction aujourd’hui après deux éditions ?
P-MK : Ce qui me réjouit particulièrement, c’est la progression que nous avons constatée. Lors de la première édition, nous avons reçu 16 candidatures et formé 5 jeunes. Cette année, nous avons enregistré 45 candidatures, formé 10 jeunes, dont 8 finalistes au pitch final. Cela montre clairement qu’il existe un véritable engouement et un besoin réel de créer un cadre pour ces jeunes qui veulent entreprendre. Nous avons également eu la chance d’avoir des partenaires qui ont accepté de nous accompagner, ce qui renforce notre action.
Ivoire.ci : Pourquoi avoir choisi de cibler cette tranche d’âge, surtout que la plupart des participants sont encore élèves ?
P-MK : A l’étranger, notamment en Malaisie, j’ai vu des enfants de 12 ans déjà à la tête de leur propre entreprise. Je suis convaincue que la jeunesse ivoirienne regorge de talents capables de transformer notre pays. Small Boost vise donc à offrir un cadre d’expression et de formation à ces jeunes : leur apprendre à structurer un projet de A à Z, à comprendre les valeurs de l’entrepreneuriat. A savoir, l’intégrité, le travail, la rigueur et à "pitcher" devant un public. Le nom « Small Boost » vient de l’idée de « petite bourse », un coup de pouce pour démarrer leur aventure entrepreneuriale.
Ivoire.ci : Comment envisagez-vous le rapport études-entrepreneuriat ?
P-MK : Notre objectif n’est pas de voir ces enfants abandonner leurs études. Nous voulons simplement qu’ils acquièrent des compétences entrepreneuriales dès l’adolescence, afin qu’ils soient prêts à se lancer au moment opportun, avec l’appui de leur famille. L’école et l’entrepreneuriat peuvent très bien aller de pair.
Ivoire.ci : Quelles sont les principales difficultés que vous rencontrez ?
P-MK : Au début, nous avons financé le concours sur fonds propres. Cette année, nous avons eu la chance d’être soutenus par plusieurs partenaires, que je tiens à remercier : le Cabinet Adenka (sponsor officiel), PME Côte d’Ivoire, l’ONG OITD, le Cabinet Agility Africa, entre autres. Donc plus que des difficultés, je parlerais plutôt de défis à relever.
Ivoire.ci : Justement, quels sont ces défis ?
P-MK : Notre plus grand défi aujourd’hui est la pénétration dans les établissements scolaires. Cette année, nous avons pu visiter quelques écoles publiques et privées (à Cocody et Abobo), mais notre ambition est d’étendre le concours à cinq villes du pays qui ont accueilli la CAN 2023, afin d’aller à la rencontre de nouvelles pépites. Nous avons déjà eu un participant venu de Ferkessédougou, et nous voulons multiplier ce type d’expériences.
Ivoire.ci : Quel message souhaitez-vous adresser à la jeunesse ?
P-MK : Je veux dire à tous les jeunes de 12 à 21 ans porteurs d’un projet à fort impact social : n’ayez pas peur, osez ! Quel que soit l'âge, nous avons les idées plein la tête. Rejoignez-nous à Small Graine, participez à Small Boost, profitez de cette opportunité pour donner vie à vos idées. J’invite aussi les entreprises et organisations à nous accompagner à travers des partenariats ou du sponsoring, afin que nous puissions aller encore plus loin. J’encourage également les parents à laisser leurs enfants tenter cette aventure. Il y a de vraies opportunités à saisir. Ensemble, nous pouvons construire une jeunesse entreprenante et ambitieuse pour la Côte d’Ivoire.
Entretien réalisé par Eugène YAO