Les travaux, publiés dans la revue Environmental Research: Climate, ont été réalisés par une équipe du laboratoire ESPACE-DEV de l’Institut de recherche pour le développement (IRD), du LSCE/IPSL, de The Climate Data Factory et de l’association CosmosClimae. Les chercheurs se sont intéressés à un effet encore peu documenté de la fonte des calottes glaciaires : son influence indirecte sur les productions agricoles en Afrique de l’Ouest.
Une perturbation de la mousson ouest-africaine
La fonte du Groenland ne se limite pas à une élévation du niveau des mers. En libérant d’importantes quantités d’eau douce dans les océans, elle peut perturber la circulation océanique et modifier les régimes de précipitations à travers le monde. En Afrique de l’Ouest, ces changements pourraient affecter la mousson, dont dépendent largement les cultures céréalières.
Pour mesurer ces effets, les scientifiques ont simulé différents scénarios de fonte du Groenland et de l’Antarctique occidental. Ces projections climatiques ont ensuite été associées à un modèle agronomique, afin d’évaluer l’évolution des rendements du maïs, du mil et du sorgho au Burkina Faso, au Mali, au Niger, au Nigeria et au Sénégal entre 2041 et 2070. Les chercheurs ont notamment analysé les précipitations, les températures, la durée de la saison des pluies ainsi que les épisodes de sécheresse et de fortes chaleurs.
Jusqu’à 50 % de baisse pour le maïs
Les résultats varient selon les scénarios étudiés. Alors qu’une fonte de la calotte glaciaire de l’Antarctique occidental pourrait avoir des effets plutôt favorables sur les précipitations et les rendements, le scénario d’une fonte importante du Groenland apparaît beaucoup plus préoccupant.
Dans cette hypothèse, les précipitations pourraient diminuer de 50 à 200 millimètres selon les pays, tandis que les populations seraient davantage exposées aux fortes chaleurs et à des épisodes pluvieux moins fréquents. Le rendement du maïs pourrait ainsi chuter d’environ 50 % dans plusieurs pays.
Au Burkina Faso et au Mali, il passerait, selon les simulations, de 1 500 à 750 kilogrammes par hectare. Au Sénégal, il pourrait passer de 1 250 à 500 kilogrammes par hectare. Le mil et le sorgho seraient également touchés par cette évolution climatique.
Un risque pour la sécurité alimentaire
L’impact ne se limiterait pas aux rendements agricoles. Les chercheurs estiment également que la production céréalière nationale par habitant pourrait fortement diminuer. En intégrant les projections démographiques aux rendements simulés, celle-ci pourrait passer sous la barre des 50 kilogrammes par habitant et par an à l’horizon 2050, contre un seuil de 250 kilogrammes considéré comme nécessaire à l’autosuffisance alimentaire.
Les scientifiques précisent toutefois que ces résultats ne constituent pas une mesure directe de la sécurité alimentaire. Leur modèle ne prend notamment pas en compte les importations et exportations, les stocks, les pertes après récolte, les prix, l’accès des ménages aux denrées alimentaires ou encore leur distribution à l’intérieur des pays. Ils constituent plutôt un indicateur du risque climatique susceptible de peser sur la région.
Face à ces projections, l’étude appelle à mieux intégrer les phénomènes observés dans les régions polaires dans les modèles climatiques. Elle invite également à ne pas se limiter aux scénarios climatiques moyens, mais à prendre en compte les situations extrêmes afin de mieux anticiper leurs conséquences sur les régions les plus vulnérables, notamment leurs systèmes agricoles.