Abidjan, le jeudi 8 janvier 2026(ivoire.ci)-À la faveur de la CAN 2025 au Maroc, un air bien connu refait surface et envahit les réseaux sociaux, les maquis et les playlists : « Ama Djallo », tube emblématique du groupe À Nous Les Petits. Sorti en 1999, la chanson connaît aujourd’hui une deuxième jeunesse, portée par une coïncidence aussi troublante qu’enthousiasmante : la similitude avec le nom de l’international ivoirien Amad Diallo, en pleine lumière avec les Éléphants. Hasard, clin d’œil du destin ou prophétie musicale ? Toujours est-il que la Côte d’Ivoire danse de nouveau au rythme d’ "Ama Djallo", sorti il y a 27 ans.
Véritable pionnier du Youssoumba, À Nous Les Petits voit l’un de ses titres phares renaître grâce à l’actualité sportive. Le groupe, aujourd’hui scindé, est composé de Eyoubion George Isidore, alias Figou Danao, et Isaac. Pour eux, selon Atooucom, cette résurgence inattendue a des allures de bénédiction. « Nous-mêmes, on n’y pensait pas. Quand on a composé Ama Djallo en 1999, on ne savait pas qu’un jour un joueur ivoirien porterait ce nom-là », confient-ils, encore surpris par l’ampleur du phénomène.
Originaires de la communauté Avikam, les artistes rappellent que Ama Djallo signifie littéralement « tu n’en auras plus ». Une expression forte, née d’un vécu social douloureux.
À l’époque, ils sont une quinzaine de jeunes livrés à eux-mêmes au village, survivant grâce à la pêche. Mais à chaque retour, l’essentiel de leur butin leur échappe.
« On envoyait les meilleures parts à nos parents, mais nous, on ne gagnait rien. Un jour, un ami nous a ouvert les yeux. Alors on s’est dit : s’ils continuent comme ça, ils n’en auront plus. En Avikam, on dit Ama Djallo. »
De cette frustration naît une chanson, cri de révolte autant qu’affirmation identitaire.
Déterminés à changer leur destin, les jeunes quittent le village pour Abidjan. La chance finit par leur sourire lorsqu’ils rencontrent Traoré Amadou Sékou, réalisateur à la RTI, séduit par le titre. « Ama Djallo » est produit sous sa houlette et arrangé par David Tayorault, donnant au morceau l’ampleur qui marquera toute une génération.
Vingt-sept ans plus tard, l’histoire se répète sous une autre forme. Les performances étincelantes d’Amad Diallo avec les Éléphants remettent le titre sous les projecteurs.
« Aujourd’hui, voir un joueur ivoirien qui s’appelle Amad Diallo briller au plus haut niveau, on ne peut que dire merci à Dieu », témoignent-ils avec émotion.
« À l’époque, on chantait pour dénoncer l’injustice et être un modèle pour la jeunesse avikam. Aujourd’hui, ce nom est porté par un joueur exceptionnel. On en est fier. », racontent ces pionniers du Youssouba.
La CAN agit comme un véritable catalyseur. Longtemps resté dans l’ombre, le morceau n’était plus joué que par les anciens. Désormais, il résonne partout.
« Grâce à la CAN, toute la Côte d’Ivoire joue Ama Djallo. C’est une seconde vie que Dieu nous a offerte. », se réjouit le groupe.
Les retombées sont énormes : les sollicitations se multiplient, les plateaux télé, radios, les prestations scéniques… Le groupe retrouve une visibilité qu’il n’espérait plus.
« Si on rencontrait Amad Diallo, on lui dirait simplement merci. Grâce à lui, Ama Djallo est revenu sur la scène. Et on le féliciterait pour tout ce qu’il fait pour la nation ivoirienne. », insistent les deux artistes. Et de soutenir : « À Nous Les Petits, c’est un pan de l’histoire musicale ivoirienne. On a été parmi les précurseurs du Youssoumba. On ne peut pas parler de ce genre sans nous citer. »
Porté par cet engouement, « À Nous Les Petits » a récemment dévoilé un titre hommage dédié à Amad Diallo, disponible sur YouTube et sur toutes les plateformes de téléchargement. Voir la version hommage et le titre original Ama Djallo
Le groupe prépare activement son retour : un remix officiel d’Ama Djallo déjà disponible, deux nouveaux titres enregistrés et le clip du remix, attendu très prochainement. « Quand Dieu existe, tout est possible. On rend toute la gloire à Dieu. », s’exclament-ils.
Entre football, musique et mémoire collective, Ama Djallo s’impose comme la bande-son d’une Côte d’Ivoire en fête, où passé et présent dansent désormais à l’unisson.