À Abidjan, louer un logement n’est plus un acte ordinaire, mais un sacrifice quotidien. Un simple studio se négocie désormais entre 120 000 et 250 000 FCFA selon les communes, tandis que les appartements oscillent entre 250 000 et 750 000 FCFA. Les villas, quant à elles, franchissent souvent le seuil du million de francs CFA. En parallèle, le salaire minimum interprofessionnel garanti reste fixé à 75 000 FCFA, creusant un écart abyssal entre les revenus et le coût du logement.
Créé le 5 décembre 2025, le mouvement des Chapeaux Rouges se définit comme citoyen, apolitique et provisoire. Son objectif est de porter sur la place publique une revendication sociale qui serait reléguée au second plan et organiser, une marche civique républicaine indépendante de tout parti politique.
Cette mobilisation pacifique, annoncée pour le 28 février 2026, entend dénoncer la spéculation immobilière et les abus qui fragilisent chaque jour davantage les locataires.
Pour le président du mouvement, Cahie Kunta, la question du logement ne relève ni de l’idéologie ni de l’agitation, mais du respect d’un droit fondamental consacré par la Déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948. Selon lui, transformer l’accès au logement en produit de luxe revient à nier l’essence même du pacte social et républicain.
Souhaitant se démarquer de toute contestation illégale, les Chapeaux Rouges revendiquent une démarche strictement encadrée par la loi. Pour ce faire, une demande officielle a été déposée le 30 janvier 2026, suivie d’une rencontre avec les autorités préfectorales le 4 février. À l’issue de ces échanges, la date de la marche a été validée, dans l’attente de l’itinéraire définitif et de la coordination sécuritaire avec les forces de l’ordre.
Au-delà de la dénonciation, le mouvement avance des pistes de sortie de crise qu’il juge réalistes et immédiatement applicables. Il plaide notamment pour un encadrement des loyers adapté à chaque commune, la création d’un organe public chargé de réguler les relations entre locataires et propriétaires, la mise en place d’un mécanisme effectif de contrôle des loyers et des conditions de logement, ainsi que le désengorgement progressif d’Abidjan par la délocalisation de certaines administrations et institutions publiques.
En outre, le mouvement reconnaît les efforts consentis par l’État, notamment la loi limitant la caution et l’avance à deux mois ainsi que les programmes de logements sociaux. Toutefois, il estime que ces mesures demeurent insuffisantes au regard de la croissance démographique et du déficit structurel en logements accessibles.
Le mouvement n'a pas manqué de dénoncer le silence de nombreuses personnalités publiques. Avant d'investir Artistes, sportifs, élus, chefs d’entreprise et leaders d’opinion à sortir de leur réserve, car le mutisme face à l’injustice contribue à sa banalisation.
Avec cette initiative, la question du logement quitte les marges pour s’imposer comme un enjeu central du débat public. Le 28 février prochain, la capitale économique pourrait ainsi être le théâtre d’un moment citoyen inédit .Une marche sans couleur politique, mais portée par une exigence commune, celle du droit de vivre dignement.