Dans un contexte marqué par les débats sur la place et la représentation des femmes dans les espaces de décision, le FSJFA fait le choix d’investir dans le savoir et la formation.
L’objectif est de renforcer les capacités des jeunes femmes dans les domaines de l’analyse, de la recherche, de la rédaction scientifique et de la réflexion stratégique, afin de contribuer durablement à l’amélioration de la qualité de la gouvernance.
La Professeure Lézou Koffi a attiré l’attention sur une dimension souvent moins visible des crises contemporaines : la bataille autour des récits. « Derrière ces crises, se joue une bataille des récits. Les conflits contemporains ne sont plus seulement militaires, économiques ou institutionnels. Ils sont également narratifs, informationnels et symboliques », a-t-elle fait remarquer.
Pour illustrer son propos, l’universitaire explique qu’un même événement peut être interprété et présenté de différentes manières. Ainsi, un coup d’État peut être qualifié de rupture de l’ordre constitutionnel, mais également être présenté comme une « révolution patriotique » ou une « restauration de la souveraineté nationale ».
« L’événement est identique, mais le récit change. Et lorsque le récit change, la perception des citoyens, des partenaires et des organisations internationales change également », a-t-elle souligné.
Cette bataille des récits renvoie, selon elle, à une question fondamentale. « Qui raconte l’Afrique ? Qui définit les problèmes ? Qui produit les analyses ? Qui influence les opinions publiques ? Qui construit les catégories avec lesquelles nous pensons et construisons nos sociétés ? », s’est-elle questionnée.
Dans ce contexte, la capacité à comprendre et à déconstruire les discours devient un véritable enjeu stratégique. « Apprendre à décrypter les discours est devenu une compétence stratégique », a insisté la spécialiste de l’analyse du discours.
La connaissance, un nouvel instrument de puissance
Pour l’enseignante-chercheure, la puissance des États ne se mesure désormais plus uniquement à leur capacité militaire, économique ou diplomatique. Elle repose également sur leur aptitude à produire et à mobiliser des connaissances. « Aujourd’hui, un autre facteur est devenu décisif : la capacité à produire des connaissances », a-t-elle affirmé.
Elle estime ainsi que la puissance d’un État réside non seulement dans sa capacité à produire des connaissances, mais aussi dans son aptitude à transformer ces connaissances en décisions et en politiques publiques.
Les organisations internationales, les gouvernements et les institutions régionales s’appuient en effet sur des recherches, des données, des analyses stratégiques et des expertises pour orienter leurs décisions. Dès lors, « celui qui produit les connaissances contribue à orienter les décisions ; celui qui construit les cadres d’analyse participe à définir les priorités de l’action publique ».
Cette réalité confère une importance particulière à la formation d’une nouvelle génération d’experts africains, capables de produire des savoirs, de proposer des analyses pertinentes et de contribuer à la définition des politiques publiques.
Former les jeunes femmes à produire du savoir
C’est dans cette perspective que la Professeure Aimée-Danielle Lézou Koffi s’est félicitée de l’initiative du Forum scientifique de la jeunesse féminine. Elle considère cette rencontre comme un espace important de formation et de renforcement des capacités des jeunes femmes. Le forum permet notamment aux participantes de développer leur capacité à produire des analyses, à rédiger des recommandations et à construire une expertise scientifique susceptible d’influencer les débats publics et les processus de décision.
« Ce forum anticipe déjà, à son échelle, le renforcement de la diplomatie scientifique à tous les niveaux », a-t-elle soutenu.
Pour elle, la diplomatie scientifique et la diplomatie féministe peuvent également se renforcer mutuellement. « Une diplomatie féministe travaille à faire reconnaître l’expertise des femmes, leur capacité d’analyse et leur contribution à la production des savoirs », a-t-elle expliqué.
À travers cette approche, le FSJFA entend donc contribuer à l’émergence d’une nouvelle génération de femmes intellectuelles, chercheures, expertes et professionnelles de la gouvernance, capables de prendre part à la production des connaissances et à la construction des réponses aux défis auxquels l’Afrique est confrontée.
Une universitaire engagée
Professeure Aimée-Danielle Lézou Koffi est enseignante-chercheure en Lettres modernes et spécialiste de l’analyse du discours à l’Université Félix Houphouët-Boigny. Elle est également Vice-Doyenne chargée de la recherche et responsable de l’Équipe d’Accueil « Communication, Politique et Sociétés » (CSP-SCALL) de l’École doctorale SCALL de l’Université Félix Houphouët-Boigny.
Elle est par ailleurs coordinatrice adjointe du programme thématique de recherche « Civilisations, Cultures, Sociétés et Langues » du Conseil Africain et Malgache pour l’Enseignement Supérieur (CAMES).