Face à la dégradation des terres et à la contamination des ressources en eau, plusieurs projets de recherche proposent des méthodes de restauration et de suivi environnemental adaptées aux réalités des zones touchées.
À l’Université Jean-Lorougnon-Guédé de Daloa, Dr Kouassi Bruno Kpangui travaille sur la réhabilitation d’anciens sites d’orpaillage à des fins agricoles dans le district du Sassandra-Marahoué. Son projet prévoit notamment le remblayage des fosses pour limiter l’érosion des sols et l’amélioration de leur fertilité.
L’objectif est de développer des modèles de production agricole plus sains et durables, en s’appuyant sur la sélection de plantes et de micro-organismes adaptés aux terrains miniers.
Ces travaux prennent en compte les risques liés à la présence de substances toxiques, notamment l’arsenic, le plomb, le chrome, le mercure et le cyanure, susceptibles de contaminer les sols et les cultures.
La surveillance de la pollution des eaux constitue un autre axe de recherche. A cet effet, Dr Seiny Roger N’Dri, de l’École normale supérieure (ENS) d’Abidjan, a présenté des outils destinés à détecter régulièrement la présence de polluants. Son dispositif comprend un capteur de mercure, un capteur électrochimique de cyanure et des fiches écologiques permettant de recueillir des données sur les zones de contamination.
À l’Université de Man, Dr Sandotin Lassina Coulibaly explore, pour sa part, la phytoremédiation, une technique qui consiste à utiliser des plantes pour contribuer à dépolluer les sols, principalement ceux contaminés à l’arsenic. Il s’intéresse également à la valorisation des résidus miniers dans la fabrication de matériaux de construction, tels que le béton, les briques pleines, les tuiles et les blocs de terre comprimée (BTC).
Ces initiatives s’inscrivent dans une recherche de solutions durables face aux conséquences d’une activité qui affecte à la fois les écosystèmes, les terres agricoles et les ressources hydriques.
Pour le secrétaire général du FONSTI, Dr Yaya Sangaré, la lutte contre les conséquences environnementales de l’orpaillage illégal ne saurait reposer uniquement sur les mesures réglementaires et les opérations de terrain.
Un phénomène qui touche plusieurs régions du pays
L’ampleur du problème a été mise en évidence par le directeur général du Centre ivoirien antipollution (CIAPOL), le professeur Bernard Ossey Yapo, lors de la conférence inaugurale. Selon les chiffres qu’il a présentés, 20 des 31 régions du pays sont touchées par l’orpaillage illégal. Au total, 545 sites resteraient actifs dans 55 départements, malgré 8 524 opérations de déguerpissement déjà effectuées.
Parmi les zones les plus affectées figurent Tabou, Séguéla, Zouan-Hounien, Dabakala et Daoukro.
Le responsable du CIAPOL a évoqué les pertes économiques associées à cette activité. Selon les données dévoilées, les pertes fiscales atteindraient 744 milliards de FCFA par an, tandis que la valeur de l’or échappant aux circuits officiels serait estimée à 4 600 milliards de FCFA.
Pour répondre à cette situation, un programme d’urgence de 36 mois prévoit la sécurisation d’environ 4 100 bassins de cyanuration et de mercurisation, la restauration de 1 355 hectares de sols et la réhabilitation de 60 kilomètres de cours d’eau. Il ambitionne également de favoriser la réinsertion de 5 000 anciens orpailleurs, pour un investissement annoncé de 45 milliards de FCFA.
Au-delà des opérations de répression et de fermeture des sites, la restauration des espaces dégradés et la reconversion des personnes qui vivaient de cette activité constituent ainsi des enjeux majeurs. Les solutions présentées par les chercheurs pourraient contribuer à cette démarche, sous réserve de leur validation, de leur mise en œuvre à grande échelle et d’un suivi environnemental rigoureux.